Portrait de Clémence Par Clémence
Publié le 26 août 2026
5 minutes

Hermès dieux : mythologie, attributs et culte du messager divin

Hermès dieux : mythologie, attributs et culte du messager divin
Spiritualité

Hermès occupe une place singulière dans le panthéon grec. Fils de Zeus et de la nymphe Maïa, ce dieu aux multiples visages fascine autant par son intelligence rusée que par ses attributions variées. Messager des immortels, protecteur des voyageurs, patron des commerçants et même des voleurs, Hermès incarne la mobilité, l'échange et la communication entre les mondes. Plongeons dans l'univers de cette divinité complexe dont l'influence s'étendait bien au-delà du mont Olympe.

La naissance prodigieuse d'Hermès sur le mont Cyllène

La légende d'Hermès commence dans une grotte du mont Cyllène, en Arcadie, où Zeus venait secrètement retrouver Maïa, l'aînée des Pléiades et fille du Titan Atlas. Né le quatrième jour du mois, jour qui lui restera consacré, Hermès manifesta dès sa naissance des capacités extraordinaires. À peine sorti du ventre de sa mère, le nourrisson savait déjà parler et marcher, témoignant ainsi de sa nature divine exceptionnelle.

Cette naissance n'était que le prélude d'une première journée mémorable. Après s'être débarrassé de ses langes, le nouveau-né sortit de la grotte et découvrit une tortue. Avec une ingéniosité remarquable, il vida la carapace et imagina d'en faire un instrument de musique. Mais il manquait les cordes pour fabriquer cette première lyre. C'est alors qu'Hermès conçut un plan audacieux qui allait révéler sa véritable nature.

Le vol des vaches d'Apollon : naissance d'un dieu farceur

Le soir même de sa naissance, Hermès se rendit en Piérie où paissaient les troupeaux divins gardés par son demi-frère Apollon. Avec une ruse extraordinaire pour un nouveau-né, il déroba cinquante bœufs, soit la moitié d'une hécatombe. Pour brouiller les pistes, il attacha des branches aux queues des animaux et entoura ses propres pieds de feuillages, effaçant ainsi toute trace de son larcin.

Durant ce périple nocturne, Hermès rencontra un vieillard nommé Battos près de Ménale. Il acheta son silence en lui promettant un bœuf en récompense. Arrivé à destination, le jeune dieu sacrifia deux bêtes aux douze grands dieux de l'Olympe, s'incluant lui-même dans ce nombre avec une assurance déconcertante. Il découvrit alors l'art de faire le feu en frottant des morceaux de bois l'un contre l'autre, devenant ainsi, comme Héphaïstos et Prométhée, un donneur de feu à l'humanité.

La confrontation avec Apollon et la naissance de la lyre

Lorsqu'Apollon découvrit le vol, il partit à la recherche de son troupeau. Croisant Battos, il lui promit deux bœufs en échange d'informations. Le vieillard trahit sa promesse, ce qu'Hermès lui fit payer plus tard en le pétrifiant. Apollon finit par retrouver la grotte du mont Cyllène et découvrit le bambin tranquillement installé dans son berceau.

Hermès nia avec aplomb, jurant qu'il ne savait même pas ce qu'était une vache. Mais quand Apollon l'emmena devant Zeus, le roi des dieux comprit la véritable nature de son fils en le voyant dérober prestement l'arc et les flèches d'Apollon. Amusé par cette précocité, Zeus ordonna néanmoins la réconciliation. Hermès proposa alors à Apollon d'échanger la lyre qu'il avait fabriquée avec la carapace de tortue et les boyaux des bœufs contre le troupeau volé. Charmé par les sons fabuleux de l'instrument, Apollon accepta et offrit en retour à son jeune frère une baguette d'or, le futur caducée, ainsi que le don de prophétie mineure.

Les multiples attributions d'Hermès dans la mythologie grecque

Hermès se distingue par la diversité exceptionnelle de ses fonctions divines. Cette polyvalence témoigne de sa capacité unique à circuler entre différents mondes et à établir des connexions là où d'autres dieux échouent.

Messager des dieux et intermédiaire entre les mondes

Avant tout, Hermès est le messager officiel de Zeus et des dieux de l'Olympe. Il servait d'intermédiaire entre les divinités olympiennes et les humains, transmettant les volontés divines aux mortels. Son père Zeus recourait fréquemment à ses services dans les situations délicates, notamment pour échapper à la fureur d'Héra. Homère décrit ainsi son intervention auprès de la nymphe Calypso pour libérer Ulysse de sa captivité.

Hermès s'activait dans trois sphères distinctes : le ciel où résidaient les dieux, la terre habitée par les hommes, et le monde chtonien, royaume des ténèbres souterraines. Cette mobilité unique faisait de lui le dieu des transitions, de la communication et de l'échange par excellence. Toujours de bonne humeur, il possédait une certaine flexibilité morale qui le rendait populaire tant auprès des dieux que des mortels.

Psychopompe : conducteur des âmes vers les Enfers

Une des fonctions les plus importantes d'Hermès était celle de psychopompe, guide des âmes défuntes vers le royaume d'Hadès. Tenant sa baguette d'or, il accompagnait les morts dans leur voyage vers l'au-delà. À la fin de l'Odyssée, on le voit ainsi conduisant les âmes des prétendants dans le pré de l'Asphodèle. Ce rôle était intimement lié au feu des bûchers sur lesquels les corps étaient brûlés, rappelant sa nature originelle de dieu du feu.

Cette fonction de guide s'étendait également aux vivants. Hermès accompagna Héraclès lors de sa descente aux Enfers pour ramener l'âme d'Alceste. Il aida également Persée dans sa quête contre Méduse, lui confiant le casque d'invisibilité, un sac et des sandales ailées similaires aux siennes. En signe de reconnaissance, Persée lui offrit le casque qui rendait invisible celui qui le portait.

Patron des voyageurs, commerçants et voleurs

En tant que dieu du voyage et de la mobilité, Hermès offrait sa protection à tous ceux qui circulaient : voyageurs, marchands, migrants et chasseurs. Il était le gardien des routes et des carrefours, indiquant la bonne direction grâce aux stèles hermaïques placées aux croisements des chemins. Son rôle de dieu du commerce découlait naturellement de cette fonction, faisant de lui le patron des marchands et de tous les échanges commerciaux.

Mais Hermès était également le protecteur des voleurs et des personnes rusées. Le vol des vaches d'Apollon lui avait valu le titre de "Prince des voleurs", et il existait même un culte d'Hermès kléptēs (voleur) à Chios et Samos. Cette dimension apparemment contradictoire s'explique par son caractère nocturne et son intelligence rusée, la mètis, qui le rendait philandros : celui qui favorise les hommes habiles, chanceux ou malhonnêtes.

Les symboles et attributs emblématiques d'Hermès

L'iconographie d'Hermès est riche et facilement reconnaissable grâce à ses attributs distinctifs qui symbolisent ses différentes fonctions divines.

Attribut Description Symbolisme
Le caducée Baguette d'or entourée de deux serpents entrelacés, surmontée de deux courtes ailes Insigne des messagers et des hérauts, symbole de paix et du commerce
Sandales ailées Chaussures dotées d'ailes permettant de voler Rapidité et mobilité du messager divin
Pétase Chapeau à larges bords, parfois ailé Protection contre la pluie et le soleil, attribut des voyageurs et commerçants
Bourse d'argent Sacoche en cuir Richesse, commerce et prospérité
Lyre Instrument à cordes de son invention Harmonie, ingéniosité et arts musicaux

Avec son caducée, Hermès pouvait endormir et réveiller les hommes, accompagner les âmes des morts et, selon certaines traditions, transformer en or tout ce qu'il touchait. La baguette était fondamentalement un symbole de paix, distinguant le messager divin de tout autre voyageur.

Hermès tenait parfois également une épée d'or sertie de diamants ou une faucille. La flûte de Pan, ou syrinx, qu'il inventa après la lyre, complétait ses attributs musicaux. Ces instruments témoignaient de ses origines pastorales et de son lien avec la culture et la civilisation qu'il transmettait aux hommes.

Hermès donneur de civilisation et inventeur

Parmi tous les dieux grecs, Hermès était considéré comme le plus proche des hommes et le plus bienveillant à leur égard. Aristophane disait de lui qu'il était "le plus humain et le plus libéral des dieux". Cette proximité se manifestait par les nombreux dons qu'il fit à l'humanité, s'inscrivant dans une fonction civilisatrice comparable à celle de Prométhée.

Les dons aux hommes

Hermès donna aux hommes des éléments fondamentaux de la civilisation. Il leur offrit l'écriture, permettant la transmission du savoir à travers les générations. Il leur enseigna la danse, expression corporelle et artistique. Il inventa les poids et mesures, outils essentiels pour le commerce et l'organisation sociale. Il créa les premiers instruments musicaux : la lyre fabriquée avec une carapace de tortue et la flûte de Pan.

Cruciale pour la survie humaine, Hermès transmit également le moyen de produire le feu par frottement de morceaux de bois. Cette découverte, qu'il fit le jour même de sa naissance en cherchant à faire cuire les bœufs d'Apollon, plaçait Hermès parmi les grands donneurs de feu de la mythologie grecque, aux côtés d'Héphaïstos et Prométhée.

On lui attribuait aussi l'invention des mathématiques et de l'astronomie, domaines essentiels pour la navigation, l'agriculture et la compréhension du cosmos. C'est lui qui fit don de la parole à Pandore, la première femme, lui permettant de communiquer avec les hommes. Hermès réunissait ainsi en lui la triade de la pensée, de la parole et de l'action.

Dieu de la connaissance et de l'intelligence rusée

Hermès incarnait l'ingéniosité et la mètis, cette intelligence rusée si valorisée par les Grecs anciens. Il était le dieu de la parole claire et convaincante, qualité essentielle pour son rôle de messager et de héraut. Cette éloquence faisait de lui le patron des orateurs. Comme le dit une invocation antique : "nous demandons la connaissance, don d'Hermès".

Sa nature ignée originelle, souvent oubliée mais révélée par de nombreux éléments de sa légende, expliquait son association avec l'illumination intellectuelle. Hermès représentait le feu ouvert et mobile, allumé dans les bivouacs par ceux qui voyageaient ou travaillaient la nuit : bergers, marchands, voyageurs. Ce feu mobile s'opposait au foyer fixe d'Hestia, avec laquelle il formait un couple contrasté caractéristique.

Le culte d'Hermès dans la Grèce antique

Le culte d'Hermès présentait des caractéristiques uniques dans le paysage religieux grec. Contrairement à d'autres divinités majeures, il ne possédait pas de grands temples centraux, mais sa présence était omniprésente dans l'espace public et privé.

Les hermès : piliers sacrés aux carrefours

La forme la plus ancienne et la plus caractéristique du culte d'Hermès s'adressait aux hermès, colonnes de pierre quadrangulaires surmontées d'une tête barbue et pourvues d'un phallus en leur centre. Ces stèles hermaïques constituaient la base de son culte et se trouvaient partout : au bord des routes, aux frontières, aux croisements, aux portes des villes et des maisons, mais également sur les places publiques, dans les gymnases, les bibliothèques et les sanctuaires.

Initialement, la coutume voulait que chaque voyageur ajoute une pierre à un empilement aux carrefours en l'honneur d'Hermès. Ces tas de pierres furent progressivement remplacés par des bornes de forme phallique, puis par les hermès équarris et quadrangulaires. Certains hermès étaient janiformes, présentant une tête masculine et une tête féminine. D'autres associaient deux têtes masculines, l'une imberbe et l'autre barbue. Certains étaient même tricéphales ou quadricéphales.

Les hermès recevaient diverses offrandes : couronnes, onctions, monnaie, fruits, épis, gâteaux et victimes animales. Hipparque, fils de Pisistrate, avait fait construire des stèles hermaïques dans les rues d'Athènes, indiquant le début et la fin de chaque rue ou d'un sanctuaire. On en admirait encore au Stade Panathénaïque et au Musée archéologique d'Athènes.

Fêtes et célébrations dédiées à Hermès

Bien qu'il fût un dieu très populaire, le culte public d'Hermès était peu développé comparé à d'autres divinités olympiennes. Néanmoins, plusieurs régions de la Grèce intégraient dans leur calendrier un mois qui lui était dédié, Hermaios, correspondant à mi-octobre à mi-novembre. Ce mois semblait associé à une fête des morts, cohérente avec sa fonction de psychopompe.

Les Hermaia constituaient les principales fêtes en son honneur. Pendant ces célébrations, la jeunesse participait à des compétitions athlétiques appelées gymnopédies et à des courses aux flambeaux. Ces festivités avaient lieu à Athènes, Salamine, Tanagra, Pheneos, Kyllini en Arcadie, Argos, Délos et en Crète. Hermès était également célébré avec Héraclès comme patron des gymnases et des palestres, où son buste était toujours présent. Il protégeait ainsi les sportifs et était considéré comme le fondateur des concours de lutte.

Pendant la fête des Anthestéries, les gens offraient devant les stèles hermaïques des fruits, des légumes bouillis et des gâteaux. À Athènes, au troisième jour de cette fête, une offrande de gruau de graines était consacrée à Hermès chthonien. À Argos, un sacrifice lui était offert le trentième jour suivant des funérailles, soulignant son rôle dans l'accompagnement des défunts.

La descendance d'Hermès : enfants divins et héros

Hermès engendra une nombreuse progéniture, reflétant ses amours variées avec des déesses, des nymphes et des mortelles. Sa descendance se caractérisait souvent par une sexualité débridée et une nature rustique.

Pan, le dieu des bergers

Le fils le plus célèbre d'Hermès était Pan, qu'il eut avec la nymphe Driope selon l'Hymne homérique. Quand la mère découvrit le nouveau-né portant une barbe, des pieds de bouc et des cornes, terrorisée, elle s'enfuit. Hermès, rempli de joie, porta son fils à la demeure des dieux où il amusa tous les immortels. Pan devint le dieu des bergers et des troupeaux, perpétuant la fonction pastorale originelle de son père. Il était également associé à la musique, jouant de la flûte qui porte son nom.

Autres enfants remarquables

Avec la nymphe, Hermès eut Daphnis, un beau berger à qui Pan enseigna la musique et l'art de jouer de la flûte. Daphnis devint un amant célèbre, associé selon les traditions à Pan ou Apollon. Avec Aphrodite, Hermès engendra Hermaphrodite, divinité bisexuée, ainsi qu'Éros dans certaines traditions tardives. La tradition lui prêtait également des amours avec Péitho, déesse de la Persuasion, union particulièrement appropriée pour le dieu de l'éloquence.

Parmi sa descendance figuraient aussi des amants mythologiques célèbres comme Abdère, amant d'Héraclès. Pindare lui attribuait la paternité d'Angélia, déesse messagère aussi appelée La Renommée. Avec Calypso, la nymphe rencontrée par Ulysse, il aurait eu les ancêtres du peuple des Céphalléniens selon Hésiode.

Hermès dans les mythes héroïques

Hermès intervenait fréquemment dans les grands récits mythologiques grecs, jouant souvent un rôle de guide, de conseiller ou de facilitateur pour les héros et les dieux.

Lors de la guerre de Troie

Pendant la guerre de Troie, Hermès prit parti pour les Achéens mais ne participa guère aux combats. Lors de la bataille des dieux, il se retrouva face à Léto, mère d'Apollon et d'Artémis, mais refusa de la combattre. Il se contenta d'être le messager et l'interprète de Zeus, fonction dont témoigne le rapprochement de son nom avec le mot hermêneús signifiant "interprète".

C'est lui qui guida au mont Ida Aphrodite, Athéna et Héra venues concourir pour la pomme d'or, les soumettant au jugement de Pâris. Il escorta Priam, venu chercher le corps d'Hector, dans le camp grec, assurant sa protection durant cette mission périlleuse. Après la guerre, ce fut encore Hermès qui amena Hélène en Égypte selon certaines traditions.

Aide aux héros

Hermès aida de nombreux héros dans leurs quêtes. Il transmit à Calypso l'ordre de Zeus de libérer Ulysse, mettant fin à sept années de captivité. Guide des héros tout comme Athéna, il conduisit Persée dans sa quête de Méduse, lui fournissant les outils magiques nécessaires à son succès. Il guida également Héraclès dans les Enfers lors de ses travaux, lui servant de psychopompe avant même sa mort.

D'après le pseudo-Apollodore, c'est Hermès qui, sur demande de Zeus, tua Argos aux cent yeux placé en surveillance par Héra pour garder Io. Cet exploit lui valut son épiclèse d'Argiphonte, "tueur d'Argos", bien que l'interprétation de cette épithète soit sujette à débat, certains y voyant plutôt "celui qui brille de blancheur" ou "qui gonfle dans la clarté", référence à la lune croissante.

Les sanctuaires et représentations artistiques d'Hermès

Bien qu'Hermès ne possédât pas de grands temples centraux, plusieurs sites lui étaient particulièrement dédiés, et de nombreuses œuvres d'art immortalisaient le dieu messager.

Principaux lieux de culte

Le sanctuaire le plus célèbre dédié à Hermès se trouvait sur le mont Cyllène, lieu de sa naissance, où les pèlerins venaient honorer le dieu dans la grotte même où Maïa l'avait mis au monde. À Athènes, Cécrops, premier roi légendaire de la ville, avait placé une statue d'Hermès dans le Temple d'Athéna Polias. Une autre statue, d'Hermès Agoraios, était dressée près de la stoa Poikile dans l'Agora d'Athènes, soulignant son rôle de dieu du commerce.

D'autres statues du dieu se trouvaient à Argos, Sparte, Corinthe, Sicyone et Phères. Un centre oraculaire consacré à Hermès existait à Pharai en Achaïe, unique oracle connu dédié au dieu messager. Le sanctuaire des Grands Dieux de Samothrace le célébrait sous le nom de Kadmilos comme compagnon d'Axieros-Déméter, la Grande Mère.

Œuvres d'art majeures

La statue la plus célèbre d'Hermès, œuvre de Praxitèle conservée jusqu'à nos jours, se trouvait à Olympie dans le Temple d'Héra. La statue représente un adolescent idéalisé tenant de son bras droit Dionysos enfant, tandis que de sa main gauche il tenait probablement une grappe de raisin. Cette œuvre incarne l'idéal de beauté juvénile associé au dieu.

La statue d'Hermès à la sandale, où le dieu est représenté en train d'attacher ses chaussures ailées, est exposée au Musée du Louvre et serait attribuée au sculpteur Lysippe. Cette œuvre capture un moment de préparation avant l'envol, illustrant parfaitement la fonction de messager mobile du dieu.

Hermès était souvent représenté comme un coureur inlassable, incarnant l'idéal des éphèbes dans les gymnases grecs. Dans l'imagination grecque, il apparaissait sous les traits d'un jeune homme "à sa première barbe, dans le charme de cet âge". L'Hermès criophore, le représentant portant un bélier sur ses épaules, constituait une figure typique rappelant ses origines pastorales.

Hermès psychopompe et traditions ésotériques

Le rapport d'Hermès à la mort et aux mystères de l'au-delà a profondément marqué la pensée grecque et les traditions ultérieures. Son rôle ne se limitait pas à conduire les âmes, mais s'étendait à l'éveil spirituel et à la transmission de savoirs cachés.

Le sommeil, les rêves et l'éveil

Hermès exerçait une influence sur le cycle du sommeil et notamment sur les rêves. Alors que pour la plupart des mortels la mort n'était qu'un sommeil éternel, Hermès éveillait certaines âmes pour une survie consciente. Cet éveil ouvrait aux initiés la "voie" (hodós) des dieux. Ce rôle mystérieux fut probablement à l'origine du lien entre Hermès et la littérature ésotérique dite "hermétique".

Hermès Trismégiste et l'hermétisme

Vers la fin de l'Antiquité, notamment dans l'Égypte hellénisée, Hermès fut assimilé à Thot, le dieu égyptien des savoirs cachés. Cette fusion donna naissance à Hermès Trismégiste, "trois fois le plus grand", auteur mythique d'une véritable bibliothèque ésotérique. Ces textes hermétiques nourrirent les travaux des alchimistes du Moyen Âge et influencèrent profondément l'hermétisme occidental.

La généalogie hermétique élaborée au IIIe ou IIe siècle avant J.-C. faisait commencer la série des Hermès par Thot, qui grava sa science sur des stèles et la cacha. Son fils fut Agathodémon, dont le fils était le deuxième Hermès, appelé Trismégiste au IIe siècle. Le fils du Trismégiste était Tat. Cette lignée de transmission du savoir sacré témoigne de la persistance de l'association entre Hermès et la connaissance ésotérique.

Les animaux et plantes sacrés d'Hermès

Comme toutes les divinités grecques, Hermès était associé à des animaux et des plantes spécifiques qui symbolisaient ses attributions et ses origines.

  • Le bélier : Animal sacrificiel préféré d'Hermès, rappelant ses origines pastorales et sa fonction de dieu des bergers. Le bélier était l'offrande la plus appropriée lors des sacrifices en son honneur.
  • La tortue : Premier animal rencontré par Hermès nouveau-né, dont la carapace servit à fabriquer la première lyre. Elle symbolisait l'ingéniosité et la transformation.
  • Le coq : Oiseau favori d'Hermès, symbole du réveil et de l'annonce, cohérent avec sa fonction de messager. Le chant du coq marquait le passage de la nuit au jour.
  • Le coquelicot, la myrte et l'olivier : Ces plantes étaient par excellence les végétaux symboles d'Hermès, utilisées dans les rituels et les offrandes qui lui étaient consacrées.

Puisque dans les premiers temps Hermès était surtout le dieu des bergers, presque tous les animaux domestiques lui étaient dédiés. Troupeaux de bovins, de moutons et de chèvres tombaient sous sa protection bienveillante.

Hermès kléptēs : le dieu de la chance et du hasard

Une dimension fascinante d'Hermès résidait dans son association avec la chance, le hasard et les opportunités inattendues. Cette fonction découlait directement de son caractère rusé et de son histoire de vol précoce.

Le mot grec pour "coup de chance", lorsqu'un bienfait arrive inopinément, se disait hermaíon et évoquait directement le dieu. Le philosophe Théophraste rapportait ce proverbe antique : "Hermès est à tout le monde", signifiant que le dieu était loué pour avoir apporté la bonne fortune et le bon hasard. Toute rencontre, tout événement ou accident imprévu sur une route était appelé "don d'Hermès".

Il était qualifié de kunánkhēs et kandaúlēs, "étrangleur du chien", expressions signifiant "celui qui triomphe de la malchance". Cette dimension faisait d'Hermès le dieu des opportunités saisies, des retournements de situation favorables, et de ceux qui réussissaient par chance, habileté ou malhonnêteté. Contrairement à Dionysos "philanthrope" qui aimait tous les hommes, Hermès était philandros, favorisant spécifiquement ses compagnons ou plutôt ses complices.

Hermès et ses équivalents dans d'autres cultures

La figure d'Hermès présente des parallèles fascinants avec d'autres divinités indo-européennes et méditerranéennes, témoignant de racines communes ou d'influences culturelles croisées.

Mercure dans la mythologie romaine

Dans la Rome antique, Hermès fut naturellement assimilé au dieu romain Mercure. Cette identification était si complète que les deux noms devinrent pratiquement interchangeables dans la littérature classique. Mercure hérita de toutes les attributions d'Hermès : messager des dieux, patron du commerce, protecteur des voyageurs et guide des âmes.

Toutefois, certains chercheurs comme Felice Vinci et Arduino Maiuri suggèrent que le véritable pendant originel d'Hermès dans le monde romain ne serait pas Mercure, mais l'ancien dieu Terminus, dont la dimension originelle liée au feu s'était progressivement estompée au fil des siècles, comme cela s'était produit pour Hermès lui-même.

Agni et les divinités indo-européennes du feu

Des recherches comparatives révèlent des convergences frappantes entre Hermès et Agni, le dieu védique du feu sacrificiel et du foyer. Selon Paul-Louis van Berg, Hermès n'était pas seulement un dieu messager ou pastoral, mais ses fonctions découlaient d'une nature ignée originelle fondamentale, tout comme le dieu védique Agni. Ces convergences, renforcées par l'étymologie, suggèrent qu'Hermès et Agni sont les héritiers divergents d'une même figure divine indo-européenne associée au feu sacré.

Cette fonction de messager, de convoyeur et de héraut ne devait rien à ses origines pastorales, mais était typique des feux divins : celle du feu sacrificiel qui reliait les dieux et les hommes. Hermès correspondait également à Sarmis ou Armis chez les Daces, Armes chez les Scythes et Sarruma en Anatolie, témoignant de la diffusion d'un archétype divin similaire à travers les cultures indo-européennes.

L'héritage d'Hermès dans la culture occidentale

L'influence d'Hermès s'est étendue bien au-delà de l'Antiquité grecque, imprégnant la culture occidentale de multiples façons jusqu'à nos jours.

Dans l'alchimie et l'hermétisme

Au XIIe siècle, Robert de Chester affirmait l'existence de trois philosophes nommés Hermès : Hénoch, Noé, et l'Hermès qui régna en Égypte après le Déluge. Cette tradition se perpétua à travers les siècles, faisant d'Hermès Trismégiste une figure centrale de l'alchimie et de l'hermétisme. L'adjectif "hermaïque" se réfère encore aujourd'hui à ce qui concerne Hermès. Dans l'islam, Idris-Hermès fut associé à Hénoch, prophète mentionné dans le Coran.

Dans l'art et l'architecture

La tête sculptée d'Hermès apparaît parfois, coiffée du pétase ailé, sur les façades de bâtiments à vocation commerciale. Le siège de la Banque Buurmans édifié en style Art déco à Bruxelles en témoigne. Les hermès originaux, ces piliers quadrangulaires surmontés d'une tête, inspirèrent également l'architecture et la sculpture néoclassiques.

Dans la littérature et les arts vivants

Hermès apparaît régulièrement dans les littératures de l'imaginaire, notamment la fantasy contemporaine. Il figure dans la série Percy Jackson de Rick Riordan, où il incarne le père absent du personnage Luke Castellan. Hélène Montardre lui a consacré un roman jeunesse intitulé Hermès le dieu aux mille dons. Au XIXe siècle, des poètes parnassiens comme André Chénier et José-Maria de Heredia lui dédièrent des poèmes célébrant sa beauté et sa fonction.

Au théâtre, Hermès ou Mercure apparaît dans plusieurs pièces comme Amphitryon de Plaute ou Amphitryon de Molière, où le dieu assume son rôle de messager avec humour. Au cinéma et à la télévision, le dieu a été incarné par de nombreux acteurs dans des productions allant de Jason et les Argonautes aux adaptations modernes de Percy Jackson.

Portrait de Clémence

À propos de l'autrice

Clémence

Rédactrice en chef

Clémence suit depuis quinze ans les pratiques de soins énergétiques en France. Elle a rencontré plus d'une centaine de magnétiseurs pour documenter leurs méthodes et témoignages.